Les Petites Dalles et la Mémoire des Hautes Falaises
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Les Petites Dalles cible stratégique

lundi 5 février 2018, par Jérôme Seyer

Dès juin 1940 Churchill donne son accord à la création d’unités de choc afin d’opérer des opérations en terrain ennemi. Ces unités nouvelles commandos étaient composées d’environ cinq cent hommes, divisés en dix "troops". Ces "troops’ devaient pouvoir être autonomes. [1] Les commandos dépendent directement du premier ministre et sont gérés par une organisation des "actions combinées". Le commandement étant confié à partir d’octobre 1941 comme chef des Opérations Combinées de l’armée de terre, de la marine et de l’aviation à Lord Louis Mountbatten, qui est alors promu vice-amiral. Il sera remplacé en aout 1943 par le géneral Robert Laycock.

Les Opérations Combinées mirent au point des raids de commandos et en particulier dans notre région, par exemple :

  • Raid de Bruneval : opération Biting 27-28 février 1942 [2], [3]
  • Raid sur Dieppe : Opération Jubilee 16-19 août 1942 [4]

Au début de l’année 1943 à la conférence qui se tint à l’hôtel Anfa à Casablanca (Protectorat français du Maroc) du 14 au 24 janvier 1943 afin de préparer la stratégie des alliés après la guerre à l’égard de l’Europe.la décision d’ouvrir un nouveau front en Europe a été confirmée et un état major inter armes chargé de ses plan as été mis en place (C.O.S.S.A.C ) [5]

Cette conférence, parfois appelée conférence d’Anfa en raison de la localisation de l’hôtel où elle eut lieu, fut décidée par le président des États-Unis Franklin Roosevelt et le premier ministre britannique Winston Churchill, qui invitèrent à se joindre à eux d’une part Joseph Staline – qui déclina l’offre –, et d’autre part les généraux français Henri Giraud et Charles de Gaulle.

Joseph Staline s’abstint d’y participer. Quant à Giraud, qui gouvernait alors l’Afrique du Nord et l’Afrique occidentale française en sa qualité de « Commandant en chef civil et militaire » , il accourut sans hésitation à la demande de Roosevelt.

Le lieu de débarquement n’était pas encore décidé, les américains travaillaient sur la Normandie (baie de Seine) et les anglais sur le Pas de Calais.

 [6], en raison de défenses allemandes plus vulnérables et de la moindre exposition au vent d’ouest car protégée par le Cotentin [7]. La décision de choisir la Basse Normandie tomba fin juillet 1943 et, afin de tromper les allemands ( plan Starkey puis Fortitude ), des raids furent organisés en haute Normandie (Raids Forfar).

  • Raid sur Biville sur Mer : Forfar Dog 5-6 juillet 1-2 septembre 1943
  • Raid entre Saint Valery et Veulettes : Forfar Item 2-3 septembre 1943
  • Raid sur Bénouville : Forfar Mike 3-4 septembre 1943
  • Raid sur Saint Pierre en Port : Forfar Beer 1 , 5-6 juillet 1943
  • Raid sur Saint Pierre en Port : Forfar Beer 2 , 2-3 août 1943
  • Raid sur Saint Pierre en Port : Forfar Beer 3 , 1-4 septembre 1943

Seuls, les raids Forfar Beer nous concernent ici car leur but était de recueillir un prisonnier et des informations en vue d’une opération importante sur Les Petites Dalles.

Saint-Pierre-en-Port Raid FORFAR Beer 1 du 5 au 6 juillet 1943

Ce raid est arrêté en raison de la rencontre avec un chalutier armé par les allemands.

Saint-Pierre-en-Port Raid FORFAR Beer 2 du 2 au 3 août 1943

Cette deuxième tentatives permet le débarquement de nuit près d’ Eletot.

Saint-Pierre-en-Port Raid FORFAR Beer 3 du 2 au 4 septembre 1943

Le 1 septembre, commandé par F.W. FYNN, ce sont les lieutenants I.D.C. Smith et Mac GONIGAL, le sergent-chef BRODISON, les sergents BARRY et NASH, les caporaux HOWELL et USHE, et le matelot français de 1re classe Laurent CASALONGA choisit par le commandant Philippe KIEFFER, en poste au Q.G. du 10e Commando interallié (formé en juin 1942).

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Commando Laurent CASALONGA (1923-1987)
Source : " Commando KIEFFER - Free French N°10 & N°4 Commando " ; page 298.

Lieutenant I.D.C. Smith

Lieutenant I.D.C. Smith

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Barry, Smith, Brodison et Howell à l'entrainement

Barry, Smith, Brodison et Howell à l’entrainement

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le groupe embarque sur le M.T.B 250 à Newhaven à 20h20. Arrivé au large de l’objectif un doris remorquant un radeau gonflable sont mis à l’eau avec le plus important matériel utilisé jusqu’a ce jour (munitions, explosifs, radio, rations de survies, échelles téléscopiques et même des pigeons voyageurs).

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MTB 250 à 30 noeuds

MTB 250 avec un doris à bord

MTB 250 avec un doris à bord

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sitôt minuit, ils débarquent entre Életot et Saint-Pierre-en-Port. Après avoir envoyé quelques hommes en reconnaissance, FYNN reste caché toute la journée au pied des falaises avec son équipe.

mise à l'eau d'un doris

Mise à l’eau du doris

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Le grappin pour l'accostage

Le grappin pour accostage

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Au l’aube du 3 septembre, des pêcheurs apparaissent sur la plage. Lorsque l’un d’eux, Romain LAVENU, est hors de vue des Allemands, FYNN le siffle. Un peu terrifié par ces êtres aux tenues camouflées et aux visages barbouillés de bandes brunes et noires, Romain se rend vite compte qu’il s’agit de commandos britanniques. CASALONGA se risque alors à lui demander son aide et lui offre du chocolat. Qui est en réalité ce pêcheur ? Ami ou collaborateur ? Romain accepte sans hésiter malgré les dangers que comporte sa mission. Il doit rapporter des cartes postales de la falaise pour y indiquer les positions allemandes. Le soir même, il prévient son frère André et tous deux se mettent à la recherche de photos de la région proche, choses devenues rares depuis les perquisitions allemandes. Pendant ce temps, BRODISON et SMITH vont reconnaître le sentier qui, selon les dires du pêcheur, conduit au sommet de la falaise. Hélas, alertée par le bruit, une patrouille les aperçoit et tire. Les deux Britanniques rebroussent chemin. Cependant FYNN ne se décourage pas. Maintenant qu’il connaît le chemin, il décide de repousser son retour de 24 h et envoie un message en Angleterre grâce à cinq pigeons voyageurs que le groups avait emportés. Par malchance, ceux-ci sont interceptés sous leurs yeux par des faucons dressés par les Allemands, coupant ainsi les seuls moyens de communication avec la base arrière. Désormais l’ennemi est en alerte et vers 19 h 30, deux Focke-Wulf survolent la zone, à plusieurs reprises et à très basse altitude, pour les localiser, mais sans succès. Le lendemain matin, à marée basse, les deux frères LAVENU reviennent, ayant caché dans leurs bottes les cartes postales indiquant avec soin les emplacements des fortifications ennemies. Ils informent précisément les commandos et leurs annoncent que les Allemands les croient retournés en Angleterre. Cependant, pour plus de sécurité, ils les conduisent dans une crevasse, plus discrète, sous la falaise et reprennent normalement leurs activités. La nuit revenue, les commandos essaient encore, mais en vain, de grimper sur la falaise. Puis FYNN et BRODISON tentent de se frayer un passage à travers les barbelés de la plage. Là encore c’est un échec car le réseau est impénétrable. Mais le temps presse ; FYNN fait exploser une torpille Bengalore puis tire sur une guérite avec son pistolet mitrailleur dans l’espoir d’attirer les Allemands et d’en capturer. Aucune réaction ne se produisant, les raiders rejoignent le canot qui les attend pour les ramener en Angleterre à bord d’une vedette lance-torpilles M.T.B. Tout le village, plongé dans une paisible obscurité, est évidemment reveillé en sursaut par la déflagration de la torpille et se pose des questions. Seuls les deux pêcheurs savent ; ils garderont leur secret jusqu’à la libération de Saint-Pierre-en-Port, le 2 septembre 1944... Tous ces raids sur les côtes du nord de la France seront très riches en enseignements sur l’état des défenses ennemies... Laurent CASALONGA participera à d’autres coups de main...En 1983, il reviendra sur les lieux de son exploit mais ne pourra rencontrer Romain LAVENU, celui-ci étant décédé deux ans plus tôt...>>

Les Petites Dalles Raid FORFAR Charlie ?

Ce raid le plus important de tous les raids FORFAR, a été prévu sous réserve que les raids FORFAR Beer ramènent un prisonnier afin de connaître de façon précise l’organisation de la garnison et des défenses des Petites Dalles. Cette opération aurait nécessité 60 hommes et devait aboutir au "nettoyage" des troupes allemandes des Petites Dalles. [8] En raison de l’absence de prisonnier et de l’insuffisance de renseignements disponible ce raid ne sera pas déclenché et les Petites Dalles ne sont pas rentrées une deuxième fois dans l’histoire de la deuxième guerre mondiale.

Bibliographie :

  • Anonyme,Les commandos au combat 1940 1942, Londres His Majesty’s Stationery Office, 1944.
  • DUBOSQ Jean-Paul - HAULE Sébastien, Opération "Biting", édition porte océane, 1992, ISBN 2-908797-08-9.
  • DUBOSC Jean-Paul - LEMAITRE Max, FÉCAMP 1939-1945 - Tome II 1942-1945, Imprimerie SNAG & Centrale 76700 Gonfreville l’Orcher - septembre 2005, ISBN : 2-86743-254-5.
  • FLORENTIN Eddy, Les rebelles de la Combattante 1939-1945, édition l’ancre de marine, Louviers 2009, ISBN 9782841412266
  • Commandant KIEFFER, Les Bérets verts Français du 6 juin 1944, Éditions France-Empire - 1994, ISBN 2-7048-0737-X.
  • QUELLIEN Jean, Jour J et bataille de Normandie, Mémorial de Caen 2004 ISBN 2-84911-040-X.
  • SIMONNET Stéphane et col. , Les raids des commandos alliés en Normandie avant le débarquement, éditions Ouest-France, 2010, ISBN 978-2-7373-5090-0.
  • WIEWIOARKA Olivier, Histoire du débarquement en Normandie, ed Seuil, Paris 2007, ISBN 2020528509.

Sources

The National Archives, Kew Public Record(s)

"Forfar" Vol 2

DEFE Records of the Ministry of Defence

DEFE Military Operations Records

DEFE 2 Combined Operations Headquarters, and Ministry of Defence, Combined Operations Headquarters later Amphibious Warfare Headquarters

OPERATIONS - MINUTES OF MEETINGS, PLANS, ADMINISTRATION, REPORTS, SUMMARIES ETC

  • Final report Forfar Beer, 3rd revised plan, by major F. w. Fynn. 6 pages, 5/9/1943
  • Forfar Beer, commanding officer, lieutenant R.N.V.R, 9/9/1943, 1 page
  • Forfar Beer, Withdrawal on night, 3-4/9/1943, 1 page
  • Forfar , The military operation,3/7/1943, 2 pages
  • Forfar , report, detailed report, 4/7/1943, 4 pages
  • Extracts for Final report on operation Forfar Beer, 9/9/1943, 1 page
  • Forfar Mike- Forfar Beer, naval orders, Force J, H.M.S Vectis, 26/07/1943, 1 page
  • Operation Forfar ; retrospective, 12/08/1943, 7 pages

Notes

[1] (SIMONNET Stéphane 2010l)

[2] Dubosq J.P, Saule S, 1992

[3] http://www.combinedops.com/Bruneval.htm

[4] http://www.combinedops.com/Dieppe.htm

[5] Chief of Staff to the Supreme Allied Commander

[6] WIEWIOARKA 2007

[7] QUELLIEN 2004

[8] SIMONNET 2010

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