Les Petites Dalles et la Mémoire des Hautes Falaises
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Les Petites dalles 10 Juin 1940

La préparation de la bataille de Saint Valery en Caux.

lundi 5 janvier 2015, par Jérôme Seyer

Le général Rommel

Le 10 juin 1940

Après la prise de Rouen et d’Elbeuf, la 7 panzer de Rommel reçoit du général Guderian, l’ordre de se porter vers le Havre afin d’empêcher les troupes françaises et anglaises de s’embarquer après leur retraite depuis Dunkerque.

« Le 25 Panzers reçut alors l’ordre de se rendre dans la région au sud-ouest de Pissy. Le bataillon de reconnaissance blindé devait occuper le plus tôt possible les abords ouest d’Yvetot, puis de se diriger vers la mer. J’avais l’intention de suivre ce bataillon avec le gros de la division à la plus vive allure possible et de pousser ensuite jusqu’à la mer. »

« A 7 h 30 (le 10 juin), je me rendis à Barentin en passant par le nord de Rouen et, chemin faisant, j’envoyai par la radio aux éléments de la division l’ordre de me rejoindre. »

« Le bataillon de reconnaissance, à l’est d’Yvetot, signalait des démolitions de routes ; il annonçait également, de temps à autre, la capture de prisonniers britanniques, avec ou sans véhicules. »

« Un civil, qui prétendait avoir quitté Le Havre à 5 heures le matin même, me fut amené. A mes questions, traduites par un officier qui parlait français, il répondit que, la veille, il n’avait aperçu que quelques soldats britanniques assis dans les cafés, mais ni formations, ni unités. Les routes avaient été préparées en vue de leur démolition sur divers points une semaine auparavant, mais elles n’étaient pas minées et il était possible de se faufiler à travers les obstacles. Cet homme, qui assurait vouloir se rendre à Paris, donnait l’impression d’être véridique. Il ne semblait donc pas qu’il y eût lieu pour le moment de se soucier d’une attaque ennemie venant du Havre. »

Un civil, qui prétendait avoir quitté Le Havre à 5 heures le matin même, me fut amené

« Je fis transmettre ces déclarations du civil par sans-fil. Après avoir fait le plein d’essence, le régiment de Panzers partit pour Yvetot à 9 h 20. J’ordonnai en même temps au bataillon de reconnaissance d’aller immédiatement explorer la région en direction de Veulettes (sur la côte, à 32 kilomètres au nord d’Yvetot). »

Vers Yvetot

« A peine ces ordres avaient-ils été donnés, que je reçus du major Heidkämper un message radio m’informant que l’on signalait une puissante colonne motorisée ennemie se déplaçant vers l’ouest en provenance de la forêt située au nord de Saint-Saëns, et que les calculs indiquaient qu’elle devait, à peu près en ce moment, arriver à Yvetot. En conséquence, le bataillon de reconnaissance reçut l’ordre de bloquer immédiatement la route principale Saint-Saëns/Yvetot et d’ouvrir le feu le plus vite possible sur cette colonne ennemie. Je fis également mettre une batterie antiaérienne lourde et une légère à la suite du régiment de Panzers et je partis avec eux à vive allure en direction d’Yvetot. J’arrivai à l’embranchement de la route à l’est de la ville avant 10 heures ; les batteries antiaériennes me rejoignirent, l’une après l’autre, quelques minutes plus tard. Elles se rendirent à leurs positions à toute vitesse et reçurent l’ordre d’arroser fortement la route, sur laquelle on pouvait déjà distinguer un grand nombre de véhicules ennemis.

Yvetot le 9 juin 1940

Lorsque le régiment de Panzers apparut en vue d’Yvetot vers 10 h 30, je lançai le bataillon de reconnaissance contre le carrefour situé à 3 kilomètres à l’ouest d’Ourville, le régiment le suivant de près sur la même route. Je postai mon équipe de signalisation immédiatement derrière les premiers chars. Toutes les autres unités de la division reçurent par radio l’ordre d’avancer rapidement. Il y avait maintenant deux colonnes progressant sur la route, parfois de front, les chars sur la gauche et le bataillon de reconnaissance sur la droite.

Partout où le sol s’y prêtait, les chars roulaient à côté de la route. La division tout entière s’en allait à la mer à une vitesse moyenne de 40 à 65 kilomètres à l’heure. J’avais déjà, par l’intermédiaire du Q. G., donné à toutes les unités l’ordre de pousser leur vitesse au maximum. Aucune force ennemie digne de remarque n’avait encore été signalée.

Comme nous approchions de la route Cany-Fécamp, une estafette du bataillon de reconnaissance m’informa que le capitaine von Luck avait rencontré des colonnes de camions et qu’il avait entrepris de les rassembler. Nous nous y rendîmes aussitôt et constatâmes que, si quelques véhicules ennemis s’étaient déjà échappés vers l’ouest, il en était d’autres, arrêtés sur la route, qui se dirigeaient vers l’est. Ils semblaient constituer une formation considérable. J’ordonnai aux chars de tête, qui étaient en train d’arriver, ainsi qu’aux voitures blindées et aux canons antiaériens légers d’ouvrir immédiatement le feu sur elle. Bientôt apparurent de nombreux soldats britanniques et français, courant sur la route dans notre direction ; un interrogatoire rapide révéla que c’était le commencement de la 31e division française, qui devait s’embarquer à Fécamp dans l’après-midi. Quelques éléments britanniques s’y trouvaient, dispersés. Cette colonne fut vite rompue, et, tandis que les blindés et les canons antiaériens arrosaient la route au-devant d’eux, la tête de notre division reprit à grande vitesse sa marche à la mer. Accompagné de mon équipe de signalisation, je partis devant le régiment par Les Petites-Dalles (à 20 kilomètres à l’est de Fécamp et à 9 kilomètres à l’ouest de Veulettes) en direction du littoral.

Carnet de route de Ernest Kästner

La vue de la mer, bordée de falaises de chaque côté, nous enthousiasma, et aussi l’idée d’avoir atteint le littoral français. Nous mîmes pied à terre et descendîmes la plage de galets vers le bord de l’eau jusqu’à ce que les vagues vinssent se briser sur nos bottes. Plusieurs estafettes en longs manteaux imperméables marchèrent ainsi jusqu’à ce que leurs genoux fussent mouillés ; il me fallut les rappeler. »

Plusieurs estafettes en longs manteaux imperméables marchèrent ainsi jusqu'à ce que leurs genoux fussent mouillés ; il me fallut les rappeler.

« Derrière nous, le colonel Rothenburg, survenant dans sa voiture de commandement, franchit le talus de la grève et roula jusqu’à l’eau. »

La version de Rommel est nettement plus douce que dans la réalité, car il s’agit du char de commandement de type Befehlspanzer III Ausf E, numérote 01 et caractéristique avec son antenne radio en cadre sur l’arrière, de plus il traverse le muret. On peut remarquer sur celui-ci à l’arrière un drapeau à croix gammé pour être identifié par les avions allemands.

Le char de commandement avec son antenne cadre. On remarque aussi le drapeau à croix gammé pour se signaler aux avions allemands.

« Nous avions accompli notre mission et fermé à l’ennemi la route vers Le Havre et vers Fécamp. » [1]

Un combat contre des anglais retranchés dans le bois des Petites-Dalles c’est déroulé en même temps. [2]. Dans l’après midi un témoin a vu des vestes et des restes d’uniformes anglais dans le chemin de la villa Pécheur et lors lors du passage à Saint-Pierre-En-Port, un habitant se souvient avoir vu quatre prisonniers anglais attachés sur l’arrière d’un Panzer. [3] De nombreux soldats restent aux Dalles et s’installent dans un premier temps dans la villa des Marronniers. Le magasin Dutot est pillé et le lendemain matin l’essence de la cuve du garage Mestre est vidée.

Les Fusillés de Sassetot-Le-Mauconduit (chapitre spécial)

C’est probablement pendant que Rommel était sur la plage des Petites-Dalles que s’est déroulé l’épisode dramatique de Sassetot-Le-Mauconduit avec la prise d’otages civils.Dans son texte Rommel n’en dit rien, cependant il ne peut l’avoir ignoré, étant lui-même passé par Sassetot-Le-Mauconduit en partant vers Fécamp. Le motard impliqué appartenait probablement au groupe de signalisation ou de reconnaissance qui accompagnait les Panzers.

dans : Hommage aux fusillés et aux massacrés de la résistance en Seine Maritime. 1940-1944. Edité par l’Association Départementale de la Résistance de Seine-Maritime. 1992. Saint-Etienne-du-Rouvray :

“un motocycliste de l’armée allemande fut arrêté par Charles Déportes, garde champêtre. Désarmé et quelque peu malmené, il fut conduit à la mairie où le Maire le fit relâcher. Quelques minutes plus tard, il revint accompagné des soldats de son unité. Tous les hommes du village furent rassemblés. Le motocycliste désigna 4 hommes (Charles Désportes 71 ans, Germain Blondel 36 ans, Edouard Avenel 59 ans et Jean Hervieu 74 ans) qu’il crut reconnaître, bien que 2 étaient innocents. Les hommes furent regroupés et abattus sur place. Ce ne fut que sur la vive instance des habitants de ce village qu’ils seront enterrés.”

Dans la nuit du 10 au 11 juin des panzers stationnent dans les bois de Sassetot avant de partir vers Saint Valery.

La prise de Fécamp

"Peu de temps après, le colonel Fuerst, commandant la brigade, arriva avec plusieurs officiers français, dont le commandant d’un régiment d’artillerie ; cet officier se montra très impressionné par la rapidité de notre attaque ; mais nous n’en pûmes tirer rien d’autre. Le bataillon de reconnaissance fit alors savoir qu’il se trouvait sous une forte pression ennemie sur la colline à l’est de Fécamp. Après avoir brièvement discuté les points essentiels avec le major Heidkämper, je roulai vers Fécamp et je constatai que le bataillon avait, dans l’intervalle, réussi à dominer la situation. Un groupe de combat, commandé par le lieutenant Sauvant, avait capturé une batterie de défense côtière qui bombardait fortement le bataillon. Nous nous rendîmes à cette batterie, mais quittâmes nos voitures à 200 mètres et continuâmes à pied, car des canons ennemis tiraient encore de l’ouest de la ville et des collines situées au sud. De la position prise, nous eûmes une vue excellente sur Fécamp et sa rade, qui semblaient renfermer encore d’importants éléments ennemis."

"Quand arrivèrent les deux compagnies de Panzers et le bataillon de motocyclistes, envoyé au secours du bataillon de reconnaissance, je décidai de percer à travers les abords est de Fécamp jusqu’aux hauteurs qui sont au sud de la ville. je voulais empêcher les unités ennemies restées dans la ville de s’échapper vers le sud et m’emparer du port le plus vite possible. Cette opération amena une série de combats et nous fûmes plus d’une fois contraints de changer nos plans."

Le 11 juin 1940

11 juin 1940 départ vers Saint Valery

" Le mardi 11 juin, la division partit de Veulettes sur mer vers onze heures avec le régiment de Panzers et une partie du 6e Fusilliers afin de progresser le long de la côte vers Saint Valery.... " [4]

Veulettes 2011 Dans ce talweg des Blockhaus ont étés aménagés en 1942

Bibliographie

  • Par le curé de la paroisse, La Bataille de Saint-Valery -En-Caux, , 1945, édition imprimerie commerciale, Rouen 1945
  • Colombey L., 69 mois de notre jeunesse, la folie des hommes, ed Lazer Informatique 57870 Troisfontaines, 1989.
  • Distante R.,Saint Valery en Caux, 1940, la seconde guerre mondiale, edition Benevent 2005, ISBN 2-84871-921-4
  • La saga des épaves du pays de Caux, CD76 FFESSM Commission archéologie - 1997
  • GRIEME, La saga des épaves de la côte d’albâtre, édition GRIEME 2002, ISBN 2-9511957-1-0
  • GRIEME, La saga des épaves de la côte d’albâtre, tome 2,édition GRIEME 2005, ISBN 2-9511957-2-9
  • GRIEME, La saga des épaves de la côte d’albâtre, tome 3, édition GRIEME 2010, ISBN
  • Innes B, ST Valery, the impossible odds, édition Bill Innes 2006, ISBN 978 1 84341 039 3
  • Lemaitre M, Dubosq J.P. , Fécamp 1939-1945 tome 1, édition Durand et fils, 1994
  • Lemay B ; , Erwin Rommel, édition Perrin,2009 ; ISBN 978-2-262-02452-9
  • Lintklater E. , La 51e (Highland Division) - L’armée En Guerre, His Majesty’s Stationery Office - 1943
  • Lormier D. , Rommel, la fin d’un mythe, Le cherche midi, 2003,ISBN 2-74910-108-5.
  • Lormier D. , La bataille de France jour après jour., Le cherche midi 2010, ISBN 978-2-7491-1635-8.
  • Le Trevier P. , Ce jour ou Rouen tomba, 9 juin 1940, édition COMEVER, mai 2010, ISBN 2-9522138-5-1
  • Maréchal Rommel, La guerre sans Haine, carnets présentés par Liddell-Hart, T 1, edition Amiot Dumond, Paris 1953.
  • Naims G. , Seekrieg im Ärmelkanal, Mittler E.S. + Sohn GmbHÉditeur, avril 2003, ISBN-10 : 3813208109
  • Nobécourt R. G. , Les soldats de 40 dans la première bataille de Normandie, édition Bertout, Luneray 1987
  • Samuel W. , Rommel’s Lieutenants : The Men Who Served the Desert Fox, France, 1940, édition Praeger Security International 2006, ISBN : 0275991857
  • Tabone M., Veules- juin 1940 ,édition COMEVER, juin 2011, ISBN 2-9522138-7-5
  • Hommage aux fusillés et aux massacrés de la résistance en Seine Maritime. 1940-1944. Edité par l’Association Départementale de la Résistance de Seine-Maritime. 1992. Saint-Etienne-du-Rouvray

Notes

[1] Maréchal Rommel 1943

[2] Lettre de Gibon J. à Jaboeuf H le 16 juillet 1940. Col Seyer.

[3] Témoignage Robert J. C. recueilli par J. Seyer ; 2011.

[4] Maréchal Rommel 1943

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