Les Petites Dalles et la Mémoire des Hautes Falaises
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L’AMÉNAGEMENT D’UN ARRONDISSEMENT ( Yvetot) POUR L’ASSISTANCE DE GUERRE

samedi 30 septembre 2017, par Louis ferron

L’arrondissement d’Yvetot qui, par sa situation entre le Havre et Rouen, semblait voué à un rôle accessoire dans l’organisation des œuvres de guerre, a, grâce à la générosité américaine, suscitée par M. le sous-préfet d’Yvetot et Mme Piettre, pendant près de trois ans, offert un exemple original et peut être unique du fonctionnement d’un ensemble de services d’assistance sociale méritant de retenir l’attention du monde des philanthropes.

Le point de départ a été la nécessité de faire face à une situation angoissante : c’était au mois d’août 1914, un groupe de 202 enfants de la frontière d’Alsace ; convoyés par quatre délégués de leurs familles, vint échouer à Yvetot, sans ressources, dans des conditions où il était indispensable de pourvoir, au moins momentanément, à leur entretien sur place.

Tandis que ces enfants étaient installés’ dans un immeuble départemental, ancienne institution ecclésiastique d’Yvetot, un autre besoin se faisait sentir, celui d’avoir un hôpital pour la Croix-Rouge. Cet hôpital fut installé dans ce qui restait disponible des bâtiments du même immeuble, au moyen d’une souscription locale qui atteignit 80.000 francs (l’hôpital comprit 152 lits).

Une formation sanitaire en appelle une autre. Le Service de Santé de la troisième région, cherchant un local pour installer un hôpital franco-américain, destiné aux blessés francs, les enfants cédèrent la place aux militaires et furent installés à la campagne, dans un château appartenant à la ville du Havre et qui était habituellement affecté à une colonie de vacances. La ville du Havre mit gracieusement le château à la disposition de la colonie d’enfants. Quant au nouvel hôpital militaire, son installation et son entretien furent assurés par le Comité anglo-américain qui dépensa d’abord près de 200.000 francs, pour mettre l’immeuble en état et pourvoir aussi à l’entretien des lits, au nombre de 280.

Cette triple organisation avait été mise sur pied par Mme Piettre, femme du sous-préfet d’Yvetot. Elle-même s’était occupée personnellement de toute l’installation et en assurait le fonctionnement.

A ce moment, le Gouvernement belge, ayant à faire abriter des milliers d’enfants provenant de la région de l’Yser, ne crut pouvoir mieux faire que de s’adresser à M. et Mme Piettre, pour obtenir, à la fois, les locaux nécessaires pour les installer et les éléments d’organisation des premières colonies. De hautes personnalités belges, notamment Mme Carton de Viart et M. Berryer, ministre de l’Intérieur, en suivent de près le fonctionnement.

Ces colonies d’enfants belges commencèrent sous le patronage de M. Berryer, à Caudebec-en-Caux, où elles furent inaugurées par un éloquent appel du sous-préfet à la population.

Elles se continuèrent à Ouville-l’Abbaye et aux Grandes-Dalles, se multiplièrent au fur et à mesure des arrivées et finirent par atteindre le chiffre de 23 colonies.

Pour leur service général, un économat central fut installé à Yvetot, dont la gestion fut confiée à M. Abbrechts qui réunit les dons en argent et en nature provenant de la générosité publique.

Sur les entrefaites, l’Etat français, qui s’était chargé d’assurer le logement des évacués de la zone de feu, eut à rechercher d’urgence les moyens d’installer à l’abri du bombardement les vieillards des hôpitaux d’Hpuplines et d’Armentières. On sait qu’à ce moment le service des évacués et des réfugiés battait son plein, qu’avec peine on trouvait sur l’ensemble de la France des locaux pour le placement des réfugiés, même en faisant appel aux maisons particulières. Ce fut à la sous-préfecture d’Yvetot que le ministre de l’Intérieur s’adressa pour improviser ces deux hospices, en vertu de ce principe que c’est aux endroits où l’on abrite déjà le plus d’assistés qu’il est le plus facile de trouver à en loger encore.

Le problème était cependant assez malaisé à résoudre. Il le fut de la façon suivante : Les vieillards de l’hospice d’Houplines furent installés, hommes et femmes, dans une usine en ruines, dont l’appropriation fut obtenue subitement comme par un coup de baguette de fée. Ces vieillards étaient au nombre de 140. Quant aux vieillards de l’hospice d’Armentières, comprenant également les deux sexes, ils prirent place avec le personnel desservant, y compris les religieuses et l’aumônier, dans un hôtel d’une station balnéaire de l’arrondissement, à Saint-Pierre-en-Port, Où ils sont encore, au nombre de 300.

Ce tour de force habitua l’Administration supérieure à avoir recours à l’arrondissement d’Yvetot pour les placements laborieux ; aussi, quand il s’agit d’inaugurer les colonies des familles serbes, c’est encore l’arrondissement d’Yvetot qui eut l’honneur de recevoir les premières, lesquelles occupèrent une pension de famille située dans une autre station balnéaire : Les Petites-Dalles.

Ainsi, une Commission alsacienne, envoyée par « le Secours national », à la tête de laquelle se trouvaient MM. l’abbé Wetterlé et Helmer, s’étant intéressée à la visite de l’établissement de Grosfys, demanda à ses organisateurs de lui installer une colonie d’enfants alsaciens, dont le nombre fut de 100.

Cette colonie fut installée à Varengeville-sur-Mer, débordant de l’arrondissement d’Yvetot, mais dépendant de l’Administration générale de l’œuvre dont le trésorier fut M. Prévost, percepteur à Yvetot. Celui-ci centralisa toute la partie financière du service et fut même l’intermédiaire unique pour les fonds provenant du département et de l’État.

Enfin, quand il s’agit d’instituer des dépôts d’éclopés, le sous-préfet d’Yvetot fut encore mis à contribution et il trouva des locaux appropriés à Yvetot même, Doudeville, Saint-Valéry, Pour près de 2.000 d’entre eux.

Il faut ajouter à cette énumération la création d’un hôpital américain à Saint-Valéry, de 180 lits.

N’oublions pas non plus un dernier type d’œuvre de guerre, la maison de convalescents de Veules-les-Roses, pour grands blessés.

Afin de faire marcher ces organisations multiples et complexes, il avait fallu, non seulement trouver, pour chaque catégorie de secourus, des locaux appropriés et suffisants, et cela n’avait pas été facile pour les colonies de l’Yser qui ont abrité plus de 2.000 enfants, tous fréquentant l’école, mais encore se procurer le mobilier et les ustensiles nécessaires, fournir aux assistés du linge et des vêtements, sans compter les jouets aux petits, les instruments de travail aux dentelières pour lesquelles des écoles furent organisées. Il fallait aussi et surtout se procurer des ressources pour le fonctionnement prolongé de ces divers services.

Le Gouvernement français avait bien pris en charge l’évacuation des hospices d’Houplines et d’Armentières, ainsi que la constitution des colonies serbes et les allocations à certaines catégories de réfugiés ; mais, d’une part, les sommes fournies pour l’installation par le budget du ministère de l’Intérieur avaient besoin d’être complétées pour offrir aux malheureux évacués le bien-être souhaitable ; d’autre part, les dépenses d’entretien de ces assistés appelaient aussi des suppléments.

Il y fut pourvu par un appel personnel adressé par M. et Mme Piettre à des bienfaiteurs américains de leurs relations.

C’est ainsi que, depuis la première heure, M. Frédéric-René Coudert, l’avocat international bien connu, grand ami de la France ; M. H. 0. Beatty, directeur général de l’American Relief Clearing House ; Mme « rithney Warren, Mme Copper Hewett, Mme Wood Bliss, M. Jaccaci, Mme Bellenger, Mlle Gladys Hollingsworth, et beaucoup d’autres dont les noms ne sont pas connus, manifestèrent, de la façon la plus généreuse, leur sympathie active pour notre pays.

L’entretien de l’hôpital de l’Alliance fut obtenu d’une façon vraiment touchante : chaque lit eut ses dépenses journalières couvertes par des collectes d’un groupe d’ouvriers anglais, appartenant à une même usine. 1 La libéralité des habitants du pays s’exerçait aussi, sous diverses formes et sur divers points, en faveur des enfants ; mais c’est surtout de l’Amérique que nous vinrent les sommes importantes et les dons en nature qui allèrent jusqu’à permettre d’entretenir complètement et d’une façon indéfinie un certain nombre de ces enfants.

Il n’est pas possible de chiffrer l’importance des vêtements distribués qui arrivèrent, en caisses nombreuses et successives, Pour approvisionner le vestiaire.

Il faut cependant noter que des layettes furent données à discrétion, non seulement aux hospitalisées de l’Œuvre, mais encore aux femmes des mobilisés, indigentes, les plus intéressantes dans tout le département.

Sur ce service en est venu se greffer un autre, d’une grande ampleur, puisque celui-là s’étend à la France entière, mais se rattache à l’arrondissement d’Yvetot, puisqu’il y eut sa base et que c’est Mme Piettre qui l’a fondé, avec le concours de Mlle Gladys Hollingsworth de New-York, c’est l’œuvre intitulée : « Pour les enfants, les marraines de guerre », laquelle a ceci de Particulier, de véritablement intéressant, que chaque enfant est pris en charge individuellement par une bienfaitrice américaine qui correspond avec lui, lorsqu’il est capable d’écrire, Ou, à défaut, avec sa famille. Elle se fait rendre compte de emploi de la mensualité de 30 francs, qui se trouve ainsi Individualisée, et elle est renseignée sur les résultats obtenus dans chaque cas.

Ce service des Marraines a été l’occasion de constatations Caractéristiques. Mme Piettre a reçu des lettres exquises de certaines bienfaitrices. Cel’a montre que, bien avant d’être avec nous par l’alliance des armes, l’Amérique avait son cœur près du nôtre.

Depuis la récente nomination de M. Piettre à la sous-préfecture d’Abbeville, l’Œuvre des marraines pour enfants continue toujours, sous les auspices de Mme Piettre, et son siège social a été transféré dans cette ville.

Les comptes des sommes encaissées et des sommes dépensées Ont été tenus au jour le jour et sont appuyés de pièces justificatives. Ils comprennent trois comptabilités, se rapportant respectivement aux catégories d’assistés entretenus principalement sur des fonds privés.

La colonie alsacienne d’Yvetot a eu son compte arrêté sur une dépense totale de plus de 126.000 francs, sur lesquels environ 100.000 francs provenant directement d’Amérique.

La colonie alsacienne de Varengeville, spécialement entretenue par le Secours national, a dépensé plus de 40.000 francs et continue de fonctionner.

L’œuvre des marraines de guerre pour enfants n’est pas loin d’avoir encaissé 50.000 francs, sur lesquels une somme notable est en réserve pour faire face aux engagements à date plus ou moins longue, que la prévoyance américaine a généreusement souscrits.

Parmi les dépenses, les frais d’installation figurent en chiffres assez importants. On ne s’en étonnera pas, sachant qu’il a fallu faire vite, et dans des conditions si difficiles, qu’en définitive le coût en est encore comparativement bon marché. Quant aux frais d’administration, ils ont été relativement infimes, grâce à la simplicité de l’organisation et au désintéressement de la plupart des personnes qui y ont coopéré.

Louis FÉRON.

Conseiller général de la Seine-Inférieure.

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